Les bons de souscription de parts de créateur d'entreprise (BSPCE) occupent une place centrale dans la stratégie d'attraction et de fidélisation des talents au sein des startups françaises. Ce mécanisme, prévu à l'article 163 bis G du Code général des impôts, permet à une jeune société par actions d'associer ses salariés et dirigeants à sa croissance, en leur conférant le droit de souscrire ultérieurement des actions à un prix fixé dès l'attribution. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a réformé en profondeur le régime fiscal applicable aux bons attribués à compter du 1er janvier 2026, modifiant le traitement du gain réalisé et clarifiant les conditions d'éligibilité. Cette évolution oblige les fondateurs, dirigeants et investisseurs à repenser la structuration de leurs plans de management package. Le cabinet Aknin Avocats accompagne les startups parisiennes dans la mise en place sécurisée et fiscalement optimisée de ces dispositifs.

Qu'est-ce qu'un BSPCE et pourquoi ce dispositif intéresse-t-il autant les startups ?

Quelle est la nature juridique d'un BSPCE ?

Le BSPCE est un bon de souscription attribué gratuitement, conférant à son titulaire le droit, mais non l'obligation, de souscrire des actions de la société émettrice à un prix d'exercice fixé au jour de l'attribution. Si la valeur de l'entreprise augmente entre l'attribution et l'exercice du bon, le bénéficiaire peut acquérir des actions à un prix avantageux et réaliser un gain. Conformément à l'article 163 bis G du CGI, ces bons présentent une caractéristique fondamentale : ils sont incessibles. Le bénéficiaire ne peut donc ni les vendre ni les transmettre à un tiers, ce qui en fait un outil de fidélisation puissant.

Pourquoi les BSPCE sont-ils privilégiés par les startups en croissance ?

Les BSPCE constituent un instrument particulièrement adapté aux scale-up et startups en levée de fonds pour plusieurs raisons concrètes. Ils permettent de récompenser les contributions de profils clés sans grever immédiatement la trésorerie de la société. Ils créent un alignement d'intérêts entre les fondateurs, les investisseurs et les équipes opérationnelles, chacun ayant intérêt à la valorisation de l'entreprise. Enfin, leur régime fiscal demeure, malgré la réforme 2026, plus favorable que celui des stock-options classiques, à condition que les conditions d'éligibilité soient strictement respectées.

Quelles sont les conditions d'éligibilité applicables à la société émettrice en 2026 ?

L'article 163 bis G du CGI subordonne l'émission de BSPCE au respect cumulatif de cinq conditions, applicables sans dérogation aux bons attribués depuis le 1er janvier 2026.

La société doit-elle adopter une forme juridique particulière ?

Seules les sociétés par actions peuvent émettre des BSPCE. Cela inclut les sociétés anonymes (SA), les sociétés par actions simplifiées (SAS) et les sociétés en commandite par actions (SCA). Les SARL, EURL ou sociétés civiles en sont donc exclues, ce qui impose souvent une transformation préalable de la structure. La société doit en outre être passible en France de l'impôt sur les sociétés. Cette condition est réputée satisfaite pour les sociétés européennes redevables d'un impôt équivalent, en application du III bis de l'article 163 bis G.

Quelle est la condition de capital détenu par des personnes physiques ?

Le capital de la société émettrice doit être détenu directement et de manière continue à hauteur de 15 % au moins par des personnes physiques, ou par des personnes morales elles-mêmes détenues à 75 % au moins par des personnes physiques. Cette condition vise à réserver le dispositif aux sociétés indépendantes et à exclure les filiales de grands groupes. Les participations détenues par des fonds de capital-risque, des sociétés de capital-investissement, des FCPR ou des family offices ne sont pas prises en compte dans ce ratio, à condition qu'il n'existe aucun lien de dépendance avec la société.

Quelle est la limite d'ancienneté et de capitalisation boursière ?

La société doit être immatriculée au registre du commerce et des sociétés depuis moins de quinze ans. Au-delà, le dispositif n'est plus accessible. Pour les sociétés cotées, la capitalisation boursière doit rester inférieure à 150 millions d'euros, évaluée par référence à la moyenne des cours d'ouverture des soixante jours de bourse précédant l'émission. Une période de tolérance de trois ans est prévue en cas de dépassement de ce seuil, durant laquelle la société peut continuer à attribuer des bons. Enfin, la société ne doit pas avoir été créée dans le cadre d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension ou d'une reprise d'activités préexistantes, sauf à respecter des conditions strictes définies par l'article.

Qui peut bénéficier de BSPCE au sein de la startup ?

Le cercle des bénéficiaires éligibles est précisément défini par le II de l'article 163 bis G. Peuvent recevoir des BSPCE :

  • les membres du personnel salarié de la société émettrice ;
  • les dirigeants soumis au régime fiscal des salariés (président de SAS, directeur général, gérant minoritaire de SA) ;
  • les membres du conseil d'administration, du conseil de surveillance ou de tout organe statutaire équivalentpour les SAS, comme un comité de direction prévu par les statuts.

Le dispositif s'étend également aux salariés et dirigeants des filiales détenues directement à au moins 75 % par la société émettrice, ainsi qu'aux sous-filiales lorsque le produit des pourcentages de détention atteint ce même seuil de 75 %. En revanche, les prestataires indépendants, les freelances et les consultants externes ne peuvent pas en bénéficier, quelle que soit l'ampleur de leur contribution.

Comment se déroule l'attribution des BSPCE ?

Quel est le rôle de l'assemblée générale extraordinaire ?

L'émission de BSPCE relève de la compétence exclusive de l'assemblée générale extraordinaire des actionnaires, conformément aux articles L. 225-129 à L. 225-129-6 du Code de commerce. Cette assemblée se prononce sur le rapport du conseil d'administration ou du directoire, ainsi que sur le rapport spécial du commissaire aux comptes. L'AGE peut déléguer au conseil d'administration ou au directoire la fixation de la liste des bénéficiaires et du nombre de titres attribués à chacun. Lorsque les bons sont attribués à des membres d'un organe de direction ou de surveillance, ces derniers ne peuvent pas participer à la décision les concernant.

Comment est fixé le prix d'exercice ?

Le prix d'acquisition du titre souscrit en exercice du bon est fixé au jour de l'attribution. Lorsque la société a procédé à une augmentation de capital dans les six mois précédant l'attribution, le prix d'exercice doit au minimum être égal au prix d'émission alors fixé, sous réserve d'une éventuelle décote tenant compte de la perte de valeur économique du titre. Cette règle vise à éviter une sous-évaluation des bons et à protéger l'administration fiscale contre les optimisations agressives. La fixation du prix est un point juridique sensible : une erreur peut entraîner la requalification du dispositif et la perte de son régime fiscal préférentiel.

Quelle est la fiscalité applicable aux BSPCE en 2026 ?

La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a modifié l'architecture fiscale des BSPCE en distinguant clairement deux composantes du gain réalisé par le bénéficiaire.

Comment est imposé l'avantage salarial réalisé lors de l'exercice ?

L'avantage salarial correspond à la différence entre la valeur des titres au jour de l'exercice du bon et le prix d'acquisition fixé lors de l'attribution. Pour les bons attribués à compter du 1er janvier 2026, cet avantage est soumis à l'impôt sur le revenu au taux forfaitaire de 12,8 % prévu au B du 1 de l'article 200 A du CGI, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 %, soit une imposition globale de 30 %. Le bénéficiaire peut, sur option expresse, choisir l'imposition selon les règles de droit commun des traitements et salaires au barème progressif, ce qui peut être intéressant pour les contribuables faiblement imposés.

Comment est imposée la plus-value de cession ?

Le gain net de cession, défini comme la différence entre le prix de cession des titres et leur valeur au jour de l'exercice du bon, est désormais imposé selon le régime de droit commun des plus-values mobilières prévu à l'article 150-0 A du CGI. Ce gain est soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, prélèvements sociaux inclus, ou, sur option, au barème progressif de l'impôt sur le revenu. L'imposition est exigible au titre de l'année de disposition, de cession, de conversion au porteur ou de mise en location des titres souscrits.

Quelle est la fiscalité pour les bénéficiaires ayant moins de trois ans d'activité ?

Pour préserver la finalité de fidélisation du dispositif, un taux dérogatoire de 30 % s'applique à l'avantage salarial lorsque le bénéficiaire exerce son activité ou son mandat dans la société depuis moins de trois ans à la date de cession. Cette durée tient compte des fonctions exercées au sein des filiales et sous-filiales du groupe, ce qui peut s'avérer favorable en cas de mobilité interne. Concrètement, un dirigeant qui quitterait l'entreprise après 18 mois et céderait ses titres immédiatement subirait une imposition nettement supérieure à celle d'un salarié resté plus de trois ans, ce qui doit être intégré dans la négociation des clauses de vesting et de good leaver / bad leaver.

Quels sont les risques juridiques et erreurs à éviter ?

La pratique révèle plusieurs risques juridiques récurrents lors de la mise en place de plans de BSPCE.

Le premier risque tient à l'inéligibilité de la société émettrice. Une startup qui dépasserait le seuil des quinze ans d'immatriculation, ou dont le capital se serait dilué sous le seuil des 15 % de détention par des personnes physiques, perdrait toute possibilité d'attribuer de nouveaux bons. Une attribution réalisée en méconnaissance de ces conditions expose la société à un redressement fiscal important et à la requalification du gain en avantage salarial classique, imposé au barème progressif et soumis à cotisations sociales.

Le deuxième risque concerne la fixation du prix d'exercice. Un prix manifestement sous-évalué peut être contesté par l'administration fiscale, particulièrement lorsque la société a récemment levé des fonds à une valorisation supérieure. À titre d'exemple, une startup ayant levé un tour de table à 30 millions d'euros de valorisation puis attribuant six mois plus tard des BSPCE sur une base de 10 millions d'euros prendra un risque fiscal significatif.

Le troisième risque réside dans la rédaction du règlement du plan, en particulier des clauses de vesting, des conditions de présence et des hypothèses de départ. Un règlement imprécis génère des contentieux entre l'entreprise et ses anciens collaborateurs, parfois portés devant le conseil de prud'hommes ou le tribunal de commerce. Le cabinet Aknin Avocats intervient régulièrement dans ce type de contentieux pour défendre les intérêts des fondateurs comme des bénéficiaires.

Comment Aknin Avocats accompagne-t-il les startups dans la mise en place de BSPCE ?

Le cabinet Aknin Avocats, basé à Paris, accompagne les fondateurs, dirigeants et investisseurs dans la structuration juridique complète des plans de BSPCE. Notre intervention couvre l'audit préalable d'éligibilité de la société, la rédaction des résolutions soumises à l'assemblée générale extraordinaire, la rédaction du règlement du plan et des contrats d'attribution individuels, ainsi que la coordination avec les commissaires aux comptes pour la production de leur rapport spécial.

Nous intervenons également dans la fixation du prix d'exercice en lien avec les opérations de levée de fonds, en sécurisant la cohérence juridique et fiscale du dispositif. En cas de contentieux entre la société et un bénéficiaire, notre cabinet assure la défense devant les juridictions civiles, commerciales et prud'homales, et négocie les solutions amiables lorsque cela répond aux intérêts du client. Dans un contexte international, nous accompagnons les startups dans l'attribution de BSPCE à des bénéficiaires non résidents et coordonnons les implications fiscales transfrontalières.

Les BSPCE demeurent en 2026 l'un des outils de management package les plus efficaces pour les startups françaises, à condition de respecter scrupuleusement les conditions d'éligibilité prévues par l'article 163 bis G du CGI et de structurer le plan avec rigueur. Une approche juridique précise est indispensable pour sécuriser le dispositif et préserver son traitement fiscal favorable. Pour toute question relative à la mise en place ou au contentieux de BSPCE, le cabinet Aknin Avocats se tient à la disposition des startups et de leurs dirigeants.